Poèmes de Denis Emorine*

 Extraits de Lettres à Saída, Éditions du Cygne, Paris, 2008 & Editura Ars Longa, Romania, 2012.

  

Je me suis si souvent enfui

pour échapper à moi-même

et pourtant je n’ai pas réussi à la

chasser de mon esprit.

Elle me hante jour et nuit :

elle est entrée en moi par effraction.

A quoi bon lui rendre hommage

encore ?

Pour la rime

 

ou

 

pour la métaphore ?

 

*

 

Paris (jardin du Luxembourg)

 

Il y a dans l’air

comme un souffle de toi.

Ton sourire glisse sur les arbres,

effleure mes paumes.

Je marche lentement, les yeux

à terre.

Mes mains s’ouvrent sous

la caresse de tes mots.

 

Je relève la tête :

tu es là…

 

*

 

Entre nous

jamais

La peur d’un silence.

 

Seul

L’accord parfait

au sens musical du terme

 

Pourtant

j’ai recouvert de sang

la portée de ma vie

il y a si longtemps…

 

 

Extraits de Les yeux de l’horizon, Éditions du Cygne, Paris, 2012. Préface d’Isabelle Macor-Filarska.

 

 

Les larmes du temps

Sont figées em moi

Je n’ai pas de mots pour

En décrire les effets et c’est mieux ainsi.

À la fenêtre

Les ombres du passé sont figées elles aussi

Lorsque je pose mon front sur la vitre

Elles me brûlent.

Au lointain le fracas des armes

Se rapproche à chaque fois

C’est la seule certitude que je peux

Vous donner.

Si vous souhaitez être rassurés

Passez votre chemin

Ici les yeux ne s’ouvrent jamais

 

*

 

Nous avions beaucoup à partager

En confondant les mailles du temps

Le jour était illuminé par la mitraille.

Le ciel restait silencieux pourtant

Soudain

Tu as basculé vers l’arrière

Le ciel s’est penché vers toi

Une dernière fois

Il n’y avait plus rien à dire

Ta main s’est refermée trop tard sur

La béance du monde

 

*

 

Autrefois

Tout le monde connaissait ton nom

Des voix inconnues le prononçaient

Doucement en te regardant

Mais tu l’as effacé soigneusement

De la mémoire des hommes

Tu ignores ton identité désormais

Une joie mauvaise prend possession de toi.

Lorsque tu frapes à ma porte

Celle-ci ne répond jamais

À la pression de tes doigts

Un jour tes pas te conduiront

Dans une direction inconnue

Des hommes

Là où commence l’ignorance

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* Denis Emorine est né en 1956 près de Paris.

Il a avec l’anglais une relation affective parce que sa mère enseignait cette langue. Il est d’une lointaine ascendance russe du côté paternel. Ses thèmes de prédilection sont la recherche de l’identité, le thème du double et la fuite du temps. Il est fasciné par l’Europe de l’Est. Poète, essayiste, nouvelliste et dramaturge, Emorine est traduit en une douzaine de langues ; son théâtre a été joué en France, au Canada ( Québec) et en Russie. Plusieurs de ses livres ont été édités aux Etats-Unis. Il collabore régulièrement à la revue de littérature “Les Cahiers du Sens”. Il dirige deux collections de poésie aux Editions du Cygne. En 2004, Emorine a reçu le premier prix de poésie (français) au Concours International Féile Filiochta. L’Académie du Var lui a décerné le «prix de poésie 2009».

On peut lui rendre visite sur son site: http://denis.emorine.free.fr

* Denis Emorine nasceu em 1956, próximo a Paris.

Emorine tem com a língua inglesa uma relação afetiva, porque sua mãe ensinava este idioma. Possui uma distante ascendência russa por parte de pai. Seus temas prediletos são a busca da identidade, o tema do duplo e a fuga do tempo. É fascinado pelo Leste Europeu. Poeta, ensaísta, novelista e dramaturgo, Emorine foi traduzido para uma dúzia de línguas; seu teatro foi apresentado na França, no Canadá (Québec) e na Rússia. Muitos de seus livros foram editados nos Estados Unidos. Denis colabora regularmente com a revista de literatura “Os Cadernos do Sentido”. Dirige duas coleções na Editions du Cygne. Em 2004, Emorine recebeu o primeiro prêmio francês de poesia no concurso internacional Féile Filiochta. A Académie du Var lhe concedeu o “prêmio de poesia 2009”.

Podemos visitá-lo no seu site: http://denis.emorine.free.fr