Poèmes* | Denis Emorine

 

Je t’écris du bout du monde

A Génia Jensen

Je t’écris du bout du monde
Avec dans la bouche
Le goût  usé des mots
Qui se brisent contre moi.
Je voudrais te dire mieux
Combien je t’aime
Même si le malheur grandit toujours
Autour de nous.
J’ aimerais que nos mains se rejoignent encore
Et puis encore…
Effacer ta peine avec un chiffon très doux
Mais parfois mes mains ne m’obéissent plus
Parfois
Je ne retiens plus les mots
Qui glissent sur  un papier amer.
Il y a souvent entre nous
Le spectre d’un pays que je ne connais pas
Et qui vient frapper à ma porte.
Le chemin se creusera encore entre nous
Et au creux de mes bras.
Je voudrais revenir sur nos pas
Pendant qu’il en est encore temps
Je ne rattraperai jamais
L’horloge qui bat
Tout contre toi
Entre l’amour et la mort.

Les feuilles blanches

 

A Jacqueline et Paul Van Melle

Les feuilles blanches fleurissent entre vos mains puis prennent leur envol. Parfois, de petites graines noires s’en échappent en vous laissant émerveillés.  A chaque fois, vous reconstruisez le monde du sens comme deux enfants curieux de tout. Nous sommes un certain nombre à vous suivre à quelque distance  pour ne pas vous déranger. Nous vous devons beaucoup même si certains ne s’en rendent pas compte.

            L’ écriture, avide de conquêtes, vous porte dans ses bras fébriles.

Cette nuit

 

A Gwen Ladish

Cette nuit, j’ai cru entendre ton rire qui montait l’escalier complice mais ce n’était que le goutte à goutte  du temps à mon oreille. A New York, ta voix ne résonne plus. Elle a cessé de  se profiler  sur  des gratte-ciel éteints.  Je ne lève plus les yeux vers toi puisque les avenues sont brouillées avec nous.  A quoi bon prendre les taxis jaunes qui nous emmenaient au pays où les mots disparaissent. Ils ont changé de destination.  Il me reste quelques pages  qui m’abandonneront bientôt pour resurgir loin de nos paroles éteintes. Tu étais nouvelle dans mon cœur. Je ne savais où ajouter ton nom sur ma liste. Ce n’est pas moi qui l’ai barré, il faut me croire ! Pourtant, j’existe toujours contre ceux qui me faisaient confiance. Avant, oui, avant…

J’ai toujours envie de murmurer des mots engourdis à ton oreille.

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* Les textes ont été envoyés et autorisés par l’auteur à être publiés sur le blog de Patricia Tenorio. Os textos foram enviados e autorizados pelo autor a serem publicados no blog de Patricia Tenório. 

Pour contacter/ Contato: denis-emorine@orange.fr